1991

Allocution du président

Marc Augé
 

Ouverture de la XIIIe Conférence Marc-Bloch

C’est pour moi un honneur et une joie d’accueillir dans cette enceinte, au nom de l’EHESS, le professeur Harris Memel-Fotê. Un honneur pour bien des raisons et, plus particulièrement, parce que avec lui nous accueillons un intellectuel rigoureux qui, au travers des vicissitudes de l’histoire et les difficultés du continent africain, a toujours réaffirmé les exigences propres de la liberté intellectuelle et de la recherche scientifique. Si son œuvre a fait progresser notre connaissance intime de l’Afrique, elle constitue aussi, par sa seule existence, un témoignage.

Une joie parce que, vous me permettrez d’y faire allusion, je connais Harris Memel-Fotê depuis plus de vingt-cinq ans, depuis l’année 1965 où je débarquais, curieux et timide à la fois, en Côte d’Ivoire pour essayer d’apprendre et de comprendre. L’époque n’était pas simple, notamment pour nos collègues ivoiriens mais elle était marquée, malgré tout, par un optimisme intellectuel qu’il nous arrive aujourd’hui de regarder à distance avec quelque superbe, un peu d’ironie, parfois de nostalgie.

Aux yeux des intellectuels africains, cette attitude n’est certainement pas incompréhensible mais elle a peut-être quelque chose de trop occidental. Je ne sais trop ce que valaient les systèmes d’interprétation que nous bâtissions dans les années soixante mais les questions auxquelles ils répondaient demeurent, et cette persistance, en elle-même quelque peu décourageante, montre au moins que les questions étaient alors pertinentes. La longue durée, les pesanteurs de l’histoire, la dépendance économique, la difficile genèse de la démocratie politique ne sont pas une exclusivité africaine mais les chercheurs africains ne les appréhendent peut-être pas, quand ils ont le courage de s’y intéresser, en scientifiques, avec la même liberté d’esprit, le même détachement que leurs homologues occidentaux. Et la notion, chez nous vieillie, d’engagement garde pour eux son sens, sa nécessité et sa vertu.

Je salue en la personne du professeur Memel-Fotê un penseur et un acteur de l’Afrique contemporaine.

École des Hautes Études en Sciences Sociales