2008

Saul Friedländer
 

Pour une histoire intégrée de la Shoah

XXXe Conférence Marc-Bloch, 6 juin 2008Allocution de la présidente
Texte intégral

Madame la Présidente, je vous suis profondément reconnaissant de vos très aimables paroles. Qu’il me soit permis, avant tout, de remercier l’École des hautes études en sciences sociales de m’avoir invité à donner cette Conférence Marc-Bloch. C’est un très grand honneur pour moi. Cette invitation exprime également, me semble-t-il, l’attention accordée de nos jours à la recherche historique sur le génocide des juifs. Au cours des soixante dernières années, il n’en a pas toujours été de la sorte.

Quand, au début des années 1950, rappelle Raul Hilberg dans ses mémoires, il demanda à Franz Neumann, l’un des politologues les plus célèbres de Columbia et l’auteur de Behemoth, une brillante analyse du Troisième Reich rédigée pendant la guerre, de diriger sa thèse de doctorat sur « La destruction des juifs d’Europe », celui-ci accepta, « mais » – et je cite Hilberg – « il savait qu’à ce moment-là je me séparais du courant principal de la recherche académique et que je m’engageais sur un terrain que le monde académique et le public avaient évité. Il me dit trois mots : “C’est votre enterrement”1 ».

Malgré l’intérêt sporadique suscité par quelques œuvres littéraires et par le journal d’Anne Frank bien sûr, malgré l’écho considérable du procès Eichmann et des deux procès d’Auschwitz au cours des années 1960, le meurtre des juifs d’Europe restait en définitive un sujet marginal dans la conscience publique occidentale et la recherche historique. Les études sur le Nazisme en tant que tel foisonnaient, mais la Shoah y était à peine mentionnée.

Hors d’Allemagne, on nationalisait la souffrance, la persécution et la déportation en gommant la spécificité des catégories de victimes2. En Allemagne, malgré l’acceptation de responsabilité officielle, dès les années 1950, dans l’opinion et le milieu de la recherche, on évitait le thème même de la criminalité du régime, particulièrement de l’extermination des juifs, et de la vaste adhésion des Allemands ordinaires, en dépit de ce qu’ils savaient3. De la sorte, des ouvrages pionniers comme ceux de Léon Poliakov ou de Hilberg précisément, de même que les travaux de plusieurs centres historiques n’étaient connus et discutés qu’en cercle très restreint. Une première prise de conscience se manifesta à la fin des années 1960, à la suite des procès, puis dans la foulée des mouvements étudiants, mais en ce qui concerne la recherche sur la Shoah, l’effet en resta modeste.

Ce n’est qu’à la fin des années 1970 et surtout au début des années 1980 que survint un changement radical. Passage du temps ? Montée d’une nouvelle génération ? Effritement des défenses ? Maturation de la réflexion historique ? Ou peut-être, simplement, extraordinaire impact dans le monde entier d’une piètre série télévisée américaine, Holocaust de NBC, diffusée en 1978 ? Un peu de tout cela, sans doute. C’est alors en tout cas que la recherche sur l’extermination des juifs prit un essor considérable, que s’engagèrent de multiples débats notamment en Allemagne, et que s’affirmèrent des positions dont certaines se maintiennent jusqu’à ce jour. Une « histoire intégrée de la Shoah », telle que je voudrais la présenter ici, découle évidemment de l’arrière-plan historiographique des trente dernières années, mais en diffère aussi sur certains points décisifs.

Cette conférence sera consacrée en premier lieu à une brève esquisse du panorama de la recherche, ainsi qu’à la définition de l’approche proposée ici, ensuite à un aspect central de cette approche, l’histoire des victimes en tant qu’élément essentiel à l’interprétation générale de la Shoah, et, finalement, et très brièvement, au problème de la comparaison.

I. Traditions historiographiques
et histoire intégrée de la Shoah

De manière très schématique, on peut distinguer deux courants principaux de l’historiographie de la Shoah qui se sont côtoyés pendant des décennies sans s’amalgamer : d’une part, le vaste ensemble de recherches essentiellement centrées sur les politiques, les mesures, les institutions et les mécanismes de persécution et d’extermination issus d’Allemagne avant tout et également mis en œuvre dans chacun des pays ou des régions occupés ou contrôlés par les Allemands ; c’est le courant dominant. Et, d’autre part, le développement d’une historiographie interne en quelque sorte à la communauté des victimes. Ce second ensemble, bien plus restreint que le premier, s’étend néanmoins de l’histoire de la vie quotidienne des communautés juives d’Europe occupée à l’évolution d’institutions et d’organisations juives, qu’elles aient été établies par les Allemands et leurs acolytes, qu’elles fussent indépendantes de ceux-ci ou créées pour lutter contre eux. Cet ensemble comprend également les attitudes et les initiatives des communautés juives hors d’Europe, notamment celles du judaïsme américain et du Yishuv de Palestine.

Dans le premier ensemble de travaux, une dynamique bureaucratique quasi autonome et les conflits internes inhérents au système nazi perçus comme sources de sa radicalisation, ainsi que de « grandioses » projets du régime n’ayant qu’un rapport indirect à la question juive, devinrent de fréquents cadres d’interprétation de la « solution finale » ; dans ce contexte, le rôle de Hitler et l’impact de l’idéologie anti-juive n’apparaissaient souvent que comme points de référence et de légitimation purement formels d’un système d’annihilation administratif et impersonnel4.

Mais – et ce serait là ma critique – dans l’élaboration des mesures anti-juives, les instances bureaucratiques se trouvaient la plupart du temps en conflit les unes avec les autres, non pas sur le fond, mais par suite de querelles de compétence (avant la guerre, les confrontations opposaient surtout les institutions étatiques aux organisations du parti, puis, dès l’occupation de la Pologne, diverses agences du parti même s’affrontèrent les unes les autres). À chaque étape, Hitler était appelé à trancher. Surtout, le leader nazi lui-même prenait toutes les décisions majeures (c’est bien la raison pour laquelle il n’y avait pas d’agence ou de ministère chargé de la politique anti-juive) et, par ailleurs, suivait attentivement leur mise en œuvre. Cependant, Hitler lui-même ne pouvait agir que dans le cadre d’un système politique et social qui l’appuyait. Sans Hitler, le système était réduit à l’immobilité ; sans le système, Hitler était voué à l’impuissance. C’est cette interaction constante qui représente le ressort profond du mouvement et du régime national-socialiste5.

Quant à l’obsession antisémite, elle était au centre même de l’univers idéologique du nazisme, à la fois comme code identificateur de la communauté raciale et comme moyen de mobilisation permanente du régime. Au fil des années d’avant-guerre, les invectives anti-juives émanant du sommet du régime et claironnées par une inlassable propagande trouvèrent une adhésion croissante au sein de segments toujours plus vastes de la population et de ses élites.

La guerre accéléra l’évolution. Aux yeux de nombreux Allemands, la violence systématique à l’encontre des juifs se justifiait par le fait que, selon le slogan constamment ressassé, ils étaient ceux qui avaient poussé au conflit et qui, en fait, dirigeaient la coalition luttant contre le Reich et contre l’« Europe nouvelle »6.

Les premières défaites vinrent ajouter la menace de la vengeance juive à une haine déjà incandescente.

« Derrière le déferlement des divisions soviétiques », clamait Goebbels le 18 février 1943, quinze jours après la reddition de la 6e armée allemande à Stalingrad, « nous voyons les escouades juives de liquidation, derrière lesquelles se profilent la terreur, le spectre de la famine de masse et l’anarchie débridée en Europe. Ici, une fois de plus, la juiverie internationale a été le ferment diabolique de la décomposition, qui trouve une satisfaction cynique à l’idée de plonger le monde dans le désordre le plus profond et à ourdir de la sorte la ruine de cultures millénaires, de cultures avec lesquelles elle n’a jamais rien éprouvé de commun7… »

Enfin, au cours des années 1990 et 2000, comme je l’ai mentionné, des interprétations qui visaient à replacer l’extermination des juifs dans le contexte de politiques allemandes à buts plus vastes se multiplièrent. Des historiens tels que Götz Aly, Susanne Heim, et Christian Gerlach, entre autres, évoquèrent, à titre d’exemple, les projets de création d’un nouvel équilibre économique et démographique en Europe par l’extermination de populations excédentaires (dont les juifs), une réorganisation ethnique des territoires de l’Est par la décimation d’une partie des populations (dont les juifs), pour ouvrir la voie à la colonisation allemande ou, dans l’immédiat, pour assurer l’approvisionnement de la Wehrmacht et même de la population du Reich ; et, plus récemment, le pillage systématique des juifs comme moyen de faciliter la poursuite d’une guerre totale sans imposer un fardeau matériel trop lourd à la société allemande ou, plus précisément, sans trop porter atteinte aux objectifs économiques et sociaux de l’État racial (Volksstaat) de Hitler8.

Il est impossible, dans le cadre de cette conférence, de discuter de ces thèses, dont chacune a enrichi nos connaissances, mais qui toutes cependant essayent de démontrer la primauté d’une rationalité instrumentale qui permettrait d’expliquer la politique d’extermination. Or, qui dit rationalité instrumentale dit modernité et c’est bien la notion de modernité qui est devenue, de nos jours, le concept principal d’interprétation globale de la « solution finale »9. Il avait été précédé, successivement, par un antisémitisme souvent réduit à une histoire des idées, par la théorie du cours spécial de l’histoire allemande, le Sonderweg, par les concepts de totalitarisme ou de fascisme, selon les options idéologiques des uns et des autres.

En fait, il ne me semble pas qu’il y ait de cadre conceptuel unique qui puisse offrir une interprétation adéquate de l’extermination, non pas parce que nous sommes face à quelque événement métahistorique, mais vu qu’en présence d’une convergence de multiples facteurs foncièrement hétérogènes, l’historien à la recherche d’un concept unificateur se trouve obligé de recourir à des notions trop générales pour avoir prise sur la trame serrée des données empiriques. Nous en sommes réduits à des interprétations partielles d’aspects divers ou de phases diverses. Ceci étant, les remarques précédentes ne sauraient exclure l’esquisse d’un arrière-plan historique général, mais sans le transformer en cadre conceptuel contraignant. Pour ma part, j’ai évoqué dans Les Années d’extermination que

« l’histoire dont il est ici question fait partie intégrante de “l’âge de l’idéologie” et, de manière plus précise et décisive, de sa dernière phase : la crise du libéralisme en Europe continentale […] À travers l’Europe entière, les juifs étaient identifiés au libéralisme et, souvent, au socialisme révolutionnaire. En ce sens, les idéologies anti-libérales et antisocialistes (ou anticommunistes), celles de la droite révolutionnaire sous tous ses oripeaux (régimes autoritaires, fascismes, nazisme) visaient les juifs en tant que représentants des visions du monde qu’elles combattaient et, bien souvent, les représentaient comme les instigateurs et les porteurs de ces visions du monde10 ».

Les travaux consacrés à la politique allemande et à celle d’autorités soumises aux Allemands ne portent quasiment aucune attention à la dimension proprement juive des événements ; les juifs, suppose-t-on la plupart du temps, furent les victimes passives du sort qui les attendait, une masse amorphe dont l’histoire se réduit à de simples données statistiques : tel pourcentage de la population juive exterminé dans tel pays, tel autre, ailleurs. Or, comme je l’ai déjà mentionné, un travail historique significatif se développait depuis les années 1950, en vase clos pour ainsi dire, avec l’assemblage d’importantes collections de documents et la rédaction de monographies ayant pour objet l’existence des juifs, leur vie et leur mort, par pays, par ville, par communauté, par ghetto, par camp.

Je reviendrai sur la dimension juive dans la seconde partie de mon exposé. Qu’il suffise de mentionner que si, en un tout premier temps, l’intention de ceux qui s’étaient engagés dans ce travail était plus commémorative que scientifique et, pour ce qui est des mouvements de résistance divers, plus hagiographique qu’objective, cela changea rapidement. Il n’en reste pas moins que pour l’historien Martin Broszat, à l’époque directeur de l’Institut d’histoire contemporaine de Munich, la perception juive du Troisième Reich et de l’histoire de cette époque représentait une « mémoire mythique » qui « faisait obstacle à une historiographie allemande rationnelle11. » Raison de plus, aurait pu ajouter Broszat, pour exclure la dimension juive, rédigée pour l’essentiel par des juifs et basée sur des témoignages juifs, de l’histoire générale des événements. C’est, en l’occurrence, mon débat avec Broszat, en 1987, qui me convainquit de la nécessité d’une « histoire intégrée », où la dimension juive deviendrait une composante nécessaire de la représentation d’ensemble de la Shoah et de l’époque du nazisme de manière plus générale. Permettez-moi, à ce point, de présenter cette notion d’histoire intégrée sous la forme la plus succincte.

En premier lieu, la représentation de la Shoah ne peut être limitée aux seules décisions et mesures allemandes, malgré leur centralité nécessaire et évidente ; cette histoire doit également inclure les initiatives et les réactions des autorités, des institutions et des groupes sociaux les plus divers des pays sous contrôle allemand. Ensuite, comme je viens de l’indiquer, à chaque étape, les perceptions et réactions juives, collectives ou individuelles, ne sauraient être considérées comme un domaine séparé ; elles influencèrent à des degrés divers tous les aspects de cette histoire, comme on le verra encore.

Enfin, ces différents domaines ne doivent pas être simplement juxtaposés, mais bien insérés dans une narration continue, qui permet de reconnaître leur interaction constante. Seule une représentation simultanée des événements – à tous les niveaux et dans les lieux les plus divers, ou au sein d’un même pays – démontre l’ampleur et la complexité des multiples composantes de la « solution finale ».

Ainsi, alors que, depuis la mi-octobre 1941, les convois de déportés quittaient le Reich et le « Protectorat de Bohème et de Moravie » vers les ghettos de l’Est, et alors que les indices les plus divers allaient bientôt signaler que ces juifs étaient voués à la mort, alors en fait que tombait la décision de l’extermination totale, la chancellerie de l’Église évangélique allemande annonçait publiquement que les juifs convertis ne seraient plus admis aux services religieux avec les autres fidèles. Il leur incombait désormais de se pourvoir par leurs propres moyens du nécessaire à l’accomplissement de leurs devoirs religieux dans un cadre séparé. Une protestation de l’Église confessante ne changea rien à une décision qui reflétait l’opinion de la vaste majorité des protestants allemands. Peu auparavant, une motion présentée par quelques évêques catholiques, appelant à soutenir les convertis au catholicisme envoyés à l’Est, fut rejetée par la Conférence des évêques sous la houlette du cardinal Bertram de Breslau. Et ni protestants ni catholiques n’avaient suggéré d’intervenir pour l’immense majorité des déportés, les juifs en tant que tels12. De la sorte, à un moment décisif, Hitler et ses acolytes pouvaient compter sur la passivité de la seule contre-force qui, au début de l’été 1941, avait publiquement défié le régime, par la voix de l’évêque Galen de Münster, concernant la mise à mort des malades mentaux. La simultanéité des mesures nazies et de la passivité manifeste des Églises allemandes, même en ce qui concernait les juifs convertis, replace les débuts de la « solution finale » dans son contexte plus vaste.

Ce contexte prit une signification à la fois tragique et ironique quand, exactement en même temps, au cours des derniers jours de 1941, dans le Reich et à travers l’Europe occupée, les juifs célébrèrent leur libération proche du fait de l’éphémère contre-attaque soviétique devant Moscou13. Ce n’est qu’à Vilna, et peu après à Varsovie, qu’un tout petit nombre d’entre eux réalisa que l’extermination totale venait de commencer.

II. La dimension juive comme élément essentiel
d’une histoire intégrée de la Shoah

« L’après-midi à l’école [juive], » note l’adolescent pragois de 14 ans, Petr Ginz, le 17 avril 1942, « notre professeur Monsieur Sommer part avec le transport pour Theresienstadt, de même que Bärova et Rita Goldmannova de notre classe. Puis, lundi à 6 heures du matin, oncle Slava et oncle Milos partent au travail [forcé] sur la route de Krivoklat… la nuit dernière, quelqu’un du bureau de la Communauté est venu une fois de plus taper sur notre porte : transport14 ! »

La veille, Petr décrivait la leçon de gymnastique :

« Nous avons fait les exercices en chemise, ce qui nous a obligés à avoir des étoiles [juives] cousues dessus. Ainsi, j’avais trois étoiles cousues l’une par-dessus l’autre : une sur mon manteau, une sur ma jaquette, une autre sur ma chemise15. »

Ginz, issu d’un couple mixte, était encore relativement privilégié : pas pour longtemps, cependant.

Selon les pays ou les régions qui passaient sous contrôle direct ou indirect des Allemands, les juifs étaient soumis à des mesures à buts identiques (ségrégation, spoliation, concentration, déportation, extermination) mais selon des modes de mise en œuvre très différents. Pour des centaines de milliers, surtout dans les territoires conquis de l’Union soviétique, l’arrivée des Allemands signifia l’extermination immédiate dans les rues ou sur les places publiques, dans des fosses fraîchement creusées ou des ravins proches, sans déportation quelconque. Pour d’autres, par contre, des années passèrent avant qu’ils ne soient déportés et les déportations même comprenaient des modalités diverses : transfert du lieu d’habitation à un camp d’extermination immédiate, ou à un camp de transit, ou encore vers un ghetto dans lequel le séjour pouvait durer de quelques jours à quelques mois, parfois jusqu’à un ou deux ans avant que ne survienne la seconde déportation, celle du lieu de transit (camp ou ghetto) vers le lieu d’extermination. Et que de différences dans l’existence individuelle au cours de ces diverses périodes ! La même menace planait sur tout juif à portée des Allemands ou de leurs auxiliaires mais les perceptions, les réactions et les initiatives changeaient d’un lieu à l’autre, d’une phase à l’autre, comme changeaient les conditions de vie et de mort quotidiennes dans un seul et même endroit.

La dimension juive de la Shoah a, elle aussi, été placée sous la signe de concepts interprétatifs globaux. Pour des historiens d’extrême gauche, l’extermination des juifs fut la conséquence directe de la croisade hitlérienne contre le judéo-bolchévisme, ou encore de la croisade fasciste contre la gauche avec laquelle les juifs étaient identifiés. L’historiographie majoritaire, d’inspiration sioniste, a interprété le sort des juifs d’Europe comme la catastrophe (Shoah en hébreu) la plus terrible dans une longue série de persécutions qui ponctuèrent l’existence en diaspora, du fait même de la situation diasporique – ce qui évidemment menait au corollaire sioniste – alors que l’interprétation offerte par de petits groupes de juifs ultra-orthodoxes – et là nous quittons le domaine de l’histoire – considérait le Hurbn (« destruction » en yiddish) comme une punition divine provoquée par l’entreprise sioniste16.

Sur un plan plus concret et essentiellement descriptif la dimension juive de l’histoire de la Shoah peut tout d’abord être saisie au niveau de la vie quotidienne, celle des individus et celle des communautés et au travers de la perception qu’avaient ces juifs, au jour le jour, de leur propre sort comme du comportement des « autres ». Viennent ensuite les initiatives prises au niveau individuel ou à celui de petits groupes pour faire obstacle aux Allemands et à leurs auxiliaires.

Il y a enfin un troisième niveau, celui des attitudes et des décisions des leaders juifs, tant ceux que les Allemands avaient nommés que les chefs des groupes de résistance. Bref, réduire la dimension juive des événements au comportement d’une masse amorphe et passive ne correspond guère aux multiples facettes d’une existence certes vouée, pour l’immense majorité, à l’annihilation ultime, mais néanmoins dotée, jusqu’au bout, de sa propre histoire.

Des centaines de témoins, dont on a retrouvé les notes, confièrent leurs observations au secret de leurs journaux privés (tandis que les lettres risquaient toujours la censure et exigeaient donc la plus grande prudence). Des événements majeurs et les innombrables incidents quotidiens au sein du monde juif, parmi les populations ambiantes et chez les Allemands et leurs collaborateurs, émergèrent de cahiers d’écoliers, de pages retrouvées au bord de routes menant vers les lieux d’exécution, d’appartements abandonnés par les déportés, de récipients enfouis dans le sol des ghettos ou même à proximité des crématoires.

« On enterre les morts la nuit, entre 1 heure et 5 heures », note Emmanuel Ringelblum, le 10 mai 1941, dans son journal du ghetto de Varsovie, « sans linceuls – on enveloppe les cadavres dans du papier blanc, qu’on récupère ensuite – et dans des fosses communes […] Divers groupes de touristes allemands, des civils et des soldats, viennent visiter le cimetière. La majeure partie ne manifeste aucune sympathie pour les juifs. Certains affirment même que la mortalité n’est pas suffisamment élevée. D’autres prennent des photos. Les visiteurs s’intéressent surtout à la morgue dans laquelle on dépose les cadavres qui sont enterrés au cours de la nuit17. »

La plupart des annotations sont plus directes. Ainsi, Elsa Binder, une jeune fille du ghetto de Stanislawow en Galicie orientale, rappelait le massacre de 12 000 juifs de la ville dans le cimetière local, à la mi-octobre 1941, et évoquait le sort de deux de ses amies :

« J’espère que la mort a été douce à Tamarczyk et l’a emportée tout de suite. Et qu’elle n’a pas dû souffrir comme sa compagne Esterka, qu’on a vu se faire étrangler18. »

Ces deux entrées, prises au hasard, en disent autant sur les Allemands que sur la vie et la mort des juifs eux-mêmes. Généralement, c’est la répétition qui donne leur valeur de documents historiques à ces annotations individuelles, bien que, vu l’ampleur même de l’extermination, des historiens aussi attentifs aux preuves que Carlo Ginzburg et Jan Gross aient plaidé pour l’importance essentielle, dans certains cas, de l’unique témoin, d’un seul témoignage19.

Les journaux privés n’épargnent pas le comportement des juifs eux-mêmes, particulièrement l’absence de solidarité entre communautés juives étrangères les unes aux autres, mais se trouvant réunies du fait des événements. Aux annotations individuelles, il faut ajouter en l’occurrence les requêtes officielles adressées aux autorités par les dirigeants des communautés. Ainsi, les leaders du judaïsme allemand essayèrent-ils, à la fin de 1939 et au début de 1940, d’empêcher les juifs polonais qui se trouvaient encore en Allemagne et étaient menacés de camps de concentration, d’émigrer du Reich en Palestine, afin de garder tous les « certificats » pour les seuls juifs allemands. En France, le consistoire ne cessa de demander au gouvernement de Vichy d’établir une claire distinction entre le statut et le traitement des juifs de nationalité française et celui des juifs étrangers. Les Conseils juifs de Pologne – particulièrement celui de Varsovie – accordaient divers privilèges aux membres de la classe moyenne locale en état, pour un temps, de payer des pots-de-vin, tandis que les démunis, surtout les réfugiés des provinces, se trouvaient souvent réduits au travail forcé, à une misère croissante et à mourir de faim. Quand les déportations d’Allemagne et du Protectorat vers les ghettos de l’Est commencèrent, à Lodz en particulier les juifs locaux devinrent ouvertement hostiles aux nouveaux arrivants. À Westerbork, en Hollande, les juifs allemands, l’élite du camp, travaillaient de près avec le commandant, protégeant les leurs et faisant mettre les juifs hollandais sur les listes de départ, alors qu’auparavant la bourgeoisie juive d’Amsterdam se sentait parfaitement à l’abri et demeurait convaincue que seuls les réfugiés, les juifs allemands, seraient déportés. Quant à l’apathie d’une grande majorité des juifs de Palestine ainsi que celle du judaïsme américain, elles sont devenues notoires. Par contre, une solidarité extraordinaire se révélait au sein de groupes restreints et homogènes : membres d’un même parti politique, de mouvements de jeunesse, de communautés orthodoxes, entre autres.

L’élément crucial que la dimension juive ajoute à notre saisie historique de la Shoah et met en relation directe avec le cours de l’extermination, un élément que l’on n’appréhende dans toute son importance que lorsqu’on rassemble les témoignages provenant de tous les recoins d’Europe occupée, c’est l’incapacité des juifs de réaliser ce qui les attendait, contrairement à ce que savaient déjà de vastes segments de la société ambiante.

Les informations généralement accessibles aux juifs du Reich ou d’Europe occidentale n’étaient pas mises en rapport les unes avec les autres et ce qui semblait évident n’était pas perçu comme tel. Même quand il était commun parmi ces juifs de déclarer que les Allemands les extermineraient tous avant de perdre la guerre, ceux qui s’exprimaient ainsi ne paraissaient pas y croire et continuaient à douter du sort véritable qui les attendait, alors que le meurtre semblait la seule conclusion possible des faits qu’ils rapportaient.

« À l’hôpital », notait Hélène Berr, en novembre 1943, « ils ont repris hier quarante-quatre malades, dont un tuberculeux au dernier degré, deux femmes qui avaient encore des drains dans le ventre, une paralysée de la langue, une jeune femme sur le point d’avoir un enfant […] Et pourquoi ? Pourquoi ces déportations ? Cela ne rime à rien. Faire travailler ceux-là ? Ils mourront en route20… »

En Europe centrale et orientale les populations juives, dans leur immense majorité, refusaient de voir ce qui se déroulait pratiquement sous leurs yeux. La moindre rumeur de bon augure était immédiatement crue de tous, alors que l’évidence la plus sinistre était rationalisée de la manière la plus improbable qui fût. Le 6 octobre 1944, Egon Redlich, un des chroniqueurs de Theresienstadt qui vivait dans le camp-ghetto depuis ses débuts et avait vu des dizaines de convois partir vers Treblinka et Auschwitz, apprenait son propre départ et celui de son fils âgé de quelques mois dans le convoi du lendemain pour Auschwitz. Ce même jour, il échangea de la nourriture contre un landau pour son fils. Il fut autorisé à l’emporter. Dans son esprit, c’était un motif d’optimisme. « Pourquoi nous permettraient-ils d’emporter une poussette avec nous ? » dit-il à son ami Willy Groag21. Redlich et son bébé furent assassinés dès l’arrivée. Le landau, comme des dizaines de milliers d’autres accessoires de ce genre, fut probablement expédié dans le Reich.

Bref, l’espoir insensé de l’immense majorité des juifs d’Europe de pouvoir gagner du temps et survivre explique, en partie du moins, la passivité des victimes et le développement sans accrocs de l’ensemble du processus de déportation et d’extermination. Sur ce point essentiel, ce sont en premier lieu les témoignages juifs qui permettent de saisir ce qui, après la guerre, avait paru incompréhensible.

On peut évidemment se demander pourquoi, si la plupart des juifs eux-mêmes ne croyaient pas à l’évidence de leur extermination systématique, les « autres », à l’exception des responsables, des tueurs et de leurs auxiliaires, auraient dû y croire. Le refus de la victime d’accepter les preuves d’une fin certaine, le besoin de s’accrocher à la moindre lueur d’espoir, représentent la réaction humaine la plus commune, le mécanisme de défense la plus fréquent face à une réalité brutale et manifeste. Les « autres », par contre, la société ambiante, nourris de l’hostilité traditionnelle à l’égard des juifs, une hostilité qui, s’avère-t-il, augmenta pendant le cours de la guerre, sans doute sous l’effet du flot continu de propagande, à l’affût, très souvent, d’avantages matériels concrets et à portée de main, s’accommodaient du cours des choses, s’en réjouissaient parfois ou, encore, s’en amusaient.

« À Bereza-Kartuska où je me suis arrêté pour déjeuner », écrivit le soldat de la Wehrmacht H. K. à sa famille, le 18 juin 1942, « 1 300 juifs ont été exécutés la veille… Des hommes, des femmes, des enfants devaient se déshabiller complètement et étaient ensuite liquidés d’une balle dans la nuque. Leurs habits sont désinfectés et utilisés à nouveau. Je suis convaincu que si la guerre continue longtemps encore, les juifs seront tournés en saucisses et servis à des prisonniers de guerre russe ou des travailleurs spécialisés juifs22. »

Quelques mois plus tard, le soldat S.M. en route pour le front écrivait de la ville d’Auschwitz : « Les juifs arrivent ici, c’est-à-dire à Auschwitz, à un rythme hebdomadaire de 7 000 à 8 000 ; peu de temps après, ils meurent d’une mort de héros (Heldentod). » Et il ajouta : « C’est vraiment bon de voir le monde23. »

En intégrant la dimension juive à l’histoire générale de la Shoah, j’ai privilégié la voix individuelle, non seulement pour sa valeur de témoignage, mais aussi parce que la voix individuelle de la victime, surgissant au cours du récit ordinaire des événements, peut, par son éloquence ou sa maladresse, par l’immédiateté du cri de terreur ou par la naïveté de l’espoir infondé, déchirer le tissu de la narration « détachée » et « objective ». Cette fonction perturbatrice ne serait guère nécessaire dans une histoire du prix du blé à la veille de la Révolution française, mais elle est essentielle à la représentation historique d’événements extrêmes tels que la Shoah, que l’historiographie ordinaire domestique nécessairement.

III. De la comparaison

Dans sa belle Conférence Marc-Bloch sur « Les fascismes. Essai d’histoire comparée », donnée ici même il y a quatorze ans, Robert Paxton se référant à Bloch, ainsi qu’à ses propres travaux, résumait son propos dans les termes suivants :

« La valeur de la comparaison est plus heuristique qu’absolue. Elle aide le chercheur à mieux dresser son questionnaire, en distinguant l’essentiel de l’accidentel dans son objet d’étude, et en marquant ses limites dans le temps et dans l’espace. Elle cherche surtout la différence. Rassembler de vagues similitudes à grande échelle ne produit rien de rigoureux24. »

Ramenées à notre propre domaine, ces thèses auxquelles je souscris entièrement, suscitent d’emblée trois questions différentes : (a) une histoire intégrée de la Shoah facilite-t-elle des recherches comparatives à travers les siècles passés ou sur les génocides et d’autres meurtres de masse du xxe siècle ? (b) une telle histoire permet-elle de mieux comparer diverses exterminations perpétrées par les nazis ? (c) enfin, facilite-t-elle les comparaisons dans le contexte même de la Shoah ?

La première question ne permet qu’une réponse positive de principe. En toute logique, plus la recherche tient compte de l’interaction d’un nombre élevé de facteurs dans chacun des génocides étudiés, plus la comparaison permet de saisir les similarités et surtout les différences entre ces divers événements. Dans ces cas en particulier, les « vagues similitudes à grande échelle » qu’évoquait Paxton ne mènent certainement « à rien de rigoureux ». Par contre, la comparaison entre groupes persécutés et exterminés par les nazis peut être plus concrète du fait de l’importance qu’une histoire intégrée accorde, entre autres facteurs, à la dimension idéologique. Le juif était perçu comme une menace mortelle et active pour toutes les nations, pour la race aryenne et pour le Volk allemand. L’accent porte sur le mot « mortel », mais aussi et surtout sur le terme « actif ». Les autres groupes visés par le régime représentaient essentiellement des « vies indignes d’être vécues », des obstacles à la salubrité sociale ou raciale nazie, mais restaient néanmoins des nuisances passives. Le meurtre de chacun des groupes visés représente évidemment le même degré de criminalité à nos yeux mais, pour l’Allemagne de Hitler, l’enjeu de l’extermination, et donc l’acharnement du régime à compléter son œuvre, différait selon le degré de danger perçu.

Du fait de l’attention qu’elle porte à la simultanéité d’initiatives et d’attitudes dans les diverses parties du continent, une histoire intégrée facilite particulièrement les comparaisons dans le cadre même de la Shoah. Ce qui fut dit des attitudes à l’égard de groupes de juifs étrangers au sein de communautés autochtones relève du travail comparatif et il en est de même des perceptions que les juifs avaient de leur propre sort. Qu’il me soit permis d’ajouter un thème souvent débattu au sujet duquel une comparaison, élargie en l’occurrence à l’échelle du continent, pourrait apporter de la précision et des corrections : les Conseils juifs. C’est en fait un travail comparatif existant que je vais prendre comme point de référence.

Dans une étude consacrée à l’ancienne Pologne et comparant une première vague de 146 chefs de Conseil et une deuxième ou une troisième de 101 responsables, l’historien Aharon Weiss arrive à la conclusion suivante :

« La plupart des premiers présidents réussirent à défendre les intérêts de leurs communautés. La majeure partie d’entre eux furent liquidés ou écartés. Leurs successeurs devaient se comporter de manière très différente. L’élément le plus frappant qui ressort de cet aperçu est la docilité croissante des Judenräte et leur soumission devant les pressions allemandes dans la dernière période. Les dirigeants responsables furent remplacés, souvent avec le soutien des Allemands, par des hommes moins à l’unisson des intérêts de la communauté ; au cours des phases d’extermination massive et de terreur brutale, ils exécutèrent les ordres nazis25. »

Bien qu’il soit difficile de comparer les dirigeants juifs de Pologne occupée avec leurs homologues dans le Reich, à l’Ouest, dans les pays Baltes, les Balkans et les ghettos plus éphémères des territoires soviétiques, la corrélation entre le passage du temps et la soumission croissante est étayée ; elle ne l’est pas cependant pour les raisons qu’invoque Weiss. Le passage du temps signifiait l’évolution d’une phase de pré-déportation à celle des déportations et de l’extermination systématique. Autrement dit, alors que dans la première phase, les dirigeants juifs étaient confrontés aux difficultés pratiques de la survie matérielle, quoique dans de sombres circonstances, c’est le meurtre de masse qu’ils durent ensuite affronter. Tel devait être aussi le cas, en 1944, avec les reliquats des communautés occidentales et, surtout, des juifs de Hongrie. Il n’y eut pas de Conseil juif à Budapest avant mars 1944, mais aucune direction ne devait se montrer aussi docile que ce premier et unique lot de responsables.

En réalité, dès que commença le meurtre de masse systématique, même les dirigeants juifs nommés au début de l’occupation ne découvrirent d’autre façon de répondre aux exigences allemandes (si ce n’est en se donnant la mort) que de livrer les sections les plus faibles de la communauté (à commencer par les étrangers, bien entendu) afin de gagner du temps et d’essayer de préserver les éléments les « plus précieux ».

Autrement dit, la docilité était une fonction non pas du temps passé à la tête du conseil, mais plutôt de la phase à laquelle le chef du conseil reçut les ordres allemands. Au cours de la phase d’extermination, aucune des stratégies imaginées par les Conseils ou tout autre groupe de dirigeants juifs pour enrayer l’offensive allemande ne réussit. Si importante qu’elle fût en termes symboliques, la résistance juive armée ne sauva pas de vies, mais accéléra le rythme de l’extermination. Et, quand un Conseil s’ingéra dans les affaires de la résistance armée pour l’empêcher d’agir, comme à Vilna, ses efforts ne sauvèrent pas la communauté non plus26.

Les comparaisons qui font partie de la notion même d’une histoire intégrée de la Shoah, soulèvent parfois des questions auxquelles il est impossible de répondre. Ainsi, le 27 juin 1945, la chimiste juive autrichienne de renommée mondiale, Lise Meitner, qui en 1939 avait émigré d’Allemagne en Suède, écrivit à son ancien collègue et ami Otto Hahn, qui avait continué de travailler dans le Reich. Après avoir rappelé que lui-même, comme la communauté scientifique allemande, en savait long sur la persécution croissante des juifs, elle ajouta:

« Vous avez tous travaillé pour les nazis sans jamais essayer ne serait-ce qu’une résistance passive. Certes, pour apaiser votre conscience, ici ou là vous avez aidé une personne qui avait besoin d’aide, mais vous avez laissé massacrer des millions d’innocents sans qu’on n’entende jamais aucune protestation27. »

 Adressé via Hahn aux hommes de science les plus éminents d’Allemagne, alors qu’aucun n’avait été membre actif du Parti ni directement impliqué dans des activités criminelles, ce cri du cœur de Meitner s’appliquait tout autant à l’ensemble de l’élite intellectuelle et spirituelle du Reich et à une grande partie des élites de l’Europe occupée ou satellite.

Qu’un nombre important de ces personnalités allemandes ou européennes n’ait pas pris publiquement position contre l’extermination des juifs (largement connue, rappelons-le, depuis la fin de 1942 au plus tard) se comprend aisément. Que même un petit nombre de voix éminentes n’aient pas lancé d’appel accusateur, semble étrange ; que pas une seule personnalité de renom n’ait élevé la voix, reste incompréhensible.

Notes
1 Raul Hilberg, The politics of memory. The journey of a Holocaust historian, Chicago, Ivan R. Dee, 1996, p. 66.
2 Pour ce qui est de la France, voir Sylvie Lindeperg & Annette Wieviorka, Univers concentrationnaire et génocide. Voir, savoir, comprendre, Paris, Mille et une nuits, 2008.
3 À ce sujet, voir en particulier : Norbert Frei, 1945 und wir. Das Dritte Reich im Bewußtsein der Deutschen, Münich, C. H. Beck, 2005.
4 Ce serait la conception d’une pléthore d’historiens qualifiés de « fonctionnalistes ». Pour l’autonomie de la dynamique bureaucratique, voir surtout Raul Hilberg, La destruction des juifs d’Europe, Paris, 2006, 3 vol.
5 Pour cette interaction, voir la récente biographie de Hitler de Ian Kershaw, Hitler. 1889-1936 : Hubris, Flammarion, 1999 ; Hitler. 1936-1945 : Nemesis, 2000.
6 À ce sujet, voir maintenant Saul Friedländer,  L’Allemagne nazie et les juifs. II. Les années d’extermination, 1939-1945, Paris, Seuil, 2008 (surtout le chapitre V).
7 Pour la traduction française, voir Saul Friedländer, ibid., p. 473.
8 Voir notamment Götz Aly & Suzanne Heim, Les architectes de l’extermination. Auschwitz et la logique de l’anéantissement, Paris, Calmann-Lévy, 2006 ; Christian Gerlach, Kalkulierte Morde. Die deutsche Wirtschafts- und Vernichtungspolitik in Weißrußland, 1941-1944, Hamburg, Hamburger Edition,          1999 ; Götz Aly, Hitlers Volksstaat. Raub, Rassenkrieg und nationaler Sozialismus, Francfort-sur-le-Main, S. Fischer, 2005.
9 L’ouvrage classique sur ce sujet reste Zygmunt Bauman, Modernité et holocauste, Paris, La Fabrique, 2002.
10 Voir Saul Friedländer, Les années d’extermination, 2008 [chapitres II et V].
11 Martin Broszat & Saul Friedländer, « Die Historisierung des Nationalsozialismus. Ein Briefwechsel », Vierteljahrshafte für Zeitgeschichte, 4, 1987.
12 Saul Friedländer, Les années d’extermination, 2008, p. 383 sq.
13 Voir, par exemple, Victor Klemperer, I will bear witness. I. A diary of the nazi years, 1933-1941. II.  To the bitter end, 1942-1945, New York, Random House, 1998, p. 456.
14 Petr Ginz, The diary of Petr Ginz, 1941-1942, éd. par Chava Pressburger, New York, Atlantic Monthly Press, 2007, p. 99.
15 Ibid., p. 98-99.
16 Pour une solide étude de l’historiographie juive de la Shoah, voir maintenant Dan Michman, Holocaust historiography. A Jewish perspective. Conceptualizations, terminology, approaches, and fundamental issues, Londres, Vallentine Mitchell, 2003.
17 Emmanuel Ringelblum, Chronique du ghetto de Varsovie, Paris, Payot, 1995, p. 201-202.
18 Le journal d’Elsa Binder est cité dans Alexandra Zapruder, ed., Salvaged pages. Young writers’ diaries of the Holocaust, Yale University Press, p. 301 sq., notamment p. 315.
19 Voir sur ce point Carlo Ginzburg, « Just one Witness », in Saul Friedländer, ed., Probing the limits of representation.  Nazism and the « final solution », Cambridge (Ma)-Londres, Harvard University Press,  1992, p. 82-96 ; Jan T. Gross, Neighbors. The destruction of the Jewish community in Jedwabne, Poland, Princeton University Press, 2001.
20 Hélène Berr, Le Journal d’Hélène Berr, Paris, Tallandier, 2007, p. 221.
21 Egon Redlikh, The Terezin diary of Gonda Redlich, éd. par Saul S. Friedman, Lexington, University Press of Kentucky, 1992, p. 67 et « Introduction », p. xiv.
22 Walter Manoschek, ed., « Es gibt nur eines für die Judentum : Vernichtung ». Das Judenbild in deutschen Soldatenbriefen 1939-1944, Hambourg, Hamburger Edition, 1996, p. 38.
23 Ibid., p. 63.
24 Robert O. Paxton, « Les fascismes. Essai d’histoire comparée », XVIe Conférence Marc-Bloch, Paris, 13 juin 1994.
25 Traduit dans Saul Friedländer, Les années d’extermination, p. 684.
26 Voir Saul Friedländer, Les années d’extermination, p. 655-657.
27 Ibid., p. 23.
Pour citer cette conférence
Saul Friedländer, « Pour une histoire intégrée de la Shoah », , 2008, [en ligne],mis en ligne le 11 juin 2008. URL : http://cmb.ehess.fr/302. Consulté le 21 juillet 2017.
École des Hautes Études en Sciences Sociales