1996

Allocution du président

Jacques Revel
 

Ouverture de la XVIIIe Conférence Marc-Bloch

Depuis bientôt deux décennies, la Conférence Marc-Bloch est devenue une date importante dans la vie de l’École, dont elle est un peu la fête annuelle. Avec quelques semaines d’avance, nous célébrons la clôture de l’année universitaire et aussi le début de nos travaux d’été qui, pour quelque temps, nous soustraient aux sollicitudes de l’institution. Nous nous retrouvons chaque année autour du nom d’un grand historien qui fut aussi un grand citoyen pour dire notre confiance dans le travail intellectuel, dans ce qu’il a d’irréductible, dans ses exigences aussi, pour exprimer le plaisir que nous y trouvons et réaffirmer la place qui lui revient dans l’ordre des valeurs sociales. Nous le faisons en écoutant un grand chercheur qui a bien voulu accepter de se joindre à nous et de nous apporter un regard venu du dehors.

Je suis heureux d’accueillir en notre nom collectif le professeur Geoffrey Lloyd, qui enseigne l’histoire de la philosophie et des sciences à l’université de Cambridge, où il est aussi le Master de Darwin College. Geoffrey Lloyd n’a guère besoin d’être présenté à l’École des hautes études en sciences sociales. Successeur de Moses Finley à la tête de son collège, il a, comme son prédécesseur, noué des liens anciens avec le Centre Louis-Gernet pour l’étude des sociétés antiques que dirige Pierre Vidal-Naquet. Il connaît l’École où il reviendra, d’ailleurs, dès l’an prochain comme directeur d’études associé. Mais Geoffrey Lloyd est aussi, et d’abord connu par ses ouvrages dont plusieurs ont été, en outre, traduits en français depuis une dizaine d’années : ainsi des Débuts de la science grecque, de La science grecque après Aristote, de Magie, raison et expérience et, voici trois ans, de Pour en finir avec les mentalités. C’est pour ce dernier livre, volontiers polémique à l’égard de l’une des traditions françaises de l’histoire culturelle, que la pensée de Geoffrey Lloyd est probablement entrée de la façon la plus visible dans le débat français, au-delà du cercle des spécialistes du monde grec.

Nous ne débattrons pas aujourd’hui – mais demain peut-être – des analyses d’un livre à la discussion duquel j’ai personnellement consacré une bonne partie de mon séminaire de l’École, cette année ; mais nous en retiendrons sûrement ce qui est le plus important : une manière de replacer l’histoire des procédures de connaissance dans un contexte particulier ; et le recours au comparatisme, qu’annonce aussi le titre de la conférence que nous allons entendre. Deux propositions que Marc Bloch, qui se voulait, lui, historien des mentalités, eût sans nul doute recommandées.

Nous allons vous écouter, Monsieur, mais avant de vous laisser la parole, je voudrais vous dire, ainsi qu’à votre public, que nous avons une raison supplémentaire de vous demander de donner, cette année, la Conférence Marc-Bloch. Pendant plusieurs mois, l’École a collectivement réfléchi sur les études – historiques, sociologiques, anthropologiques –, sur les sciences et les techniques. Un séminaire fort riche, largement suivi, ainsi qu’une abondante circulation de propositions écrites sont venus nourrir cette réflexion. Nous avons reçu des propositions, nous les avons discutées, nous en tirerons bientôt, je n’en doute pas, les éléments d’une politique scientifique. Votre intervention vient, non point clôturer, mais couronner ce travail d’une année. À ce titre aussi, vous êtes bienvenu et vous avez droit à notre gratitude.

École des Hautes Études en Sciences Sociales